mercredi 1 juin 2005

Internet sera-t-il la Bourse de demain ?

Internet sera-t-il la Bourse de demain ?
Déjà largement informatisée, la Bourse va-t-elle marché planétaire et totalement inorganisé abrité dans le réseau de communication Internet? L’initiative prise aux Etats-Unis par un nommé Andrew Klein le laisse craindre. Il a fait coter sur Internet les actions de sa petite brasserie, récoltant 1,6 million de dollars et 3 500 actionnaires.
Avantage : les entreprises n'ont pas d’intermédiaire à rémunérer pour encaisser des capitaux. La Bourse traditionnelle se trouve court-circuitée. Cette cotation a rencontré un certain écho et de nombreuses sociétés ont affiché leur intérêt. Du coup , Andrew Klein veut créer une nouvelle Bourse, baptisée Wit-Trade.
La Securities and Exchange Commission (SEC) ne pouvait rester passive devant une telle invention telle invention. Elle a d’abord considéré que seuls des intermédiaires agréés pouvaient se livrer à des opérations de livraison et de règlement de titres. Puis elle a autorisé la Bourse Internet, à condition quelle se choisisse un établissement agréé pour les règlements et des livraisons de titres, publie sur ses écrans des informations sur les négociations les plus récentes et les cours pratiqués, ainsi que sur l’état trimestriel des finances des sociétés cotées.
On retrouve alors une Bourse normale avec intermédiaire professionnel et publication des cours. Simplement, les coûts ont des chances d’être inférieurs si bien que le système Internet pourrait ne pas se contenter de transactions sur des affaires non inscrites sur une cote ayant pignon sur rue, mais étendre son activité à des valeurs déjà négociées sur des marchés traditionnels.
On retrouve ici un débat classique qui oppose marchés organisés et marchés de gré à gré. Certains grands investisseurs souhaitent s’affranchir des servitudes de la Bourse classique en réalisant entre eux des échanges sur des réseaux de négociation électroniques. Internet pourrait être l’un d’eux. En atomisant le marché, une telle révolution ferait perdre une partie de sa crédibilité à la Bourse, dont la force est de donner le prix des affaires après la confrontation d’un maximum d’ordres d’achat et de vente.
Réseau international qui échappe à toute autorité, Internet pourrait bien développer des transactions boursières en dépit de l’opposition de la SEC ou de la COB. Mais quelle serait la sécurité d’un marché sur lequel on pourrait coter n’importe quoi et sur lequel l’aboutissement des transactions serait peut être difficile à vérifier? A la limite, l’existence de l’entreprise, telle qu’une publicité habile la ferait miroiter, ne serait même pas assurée.
La France avait finalement une certaine avance en la matière. L’idée d’une Bourse sur Minitel avait été lancée, à la fin des années 80, par Jean Salwa, animateur du CIIB. Il s’agissait là aussi de permettre de diffuser dans le public une partie du capital de petites affaires en assurant par la suite un marché à leur titres. La COB s’était évidemment inquiétée de cette initiative qu’elle avait empêchée.
O.P. (Investir, 15 avril 1996)
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